Interview de Laurent FABIUS
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Ministre des Affaires
Étrangères dans le Gouvernement du Président de la République François
Hollande, après avoir été Premier Ministre de François Mitterrand et député de
Seine-Maritime, M. Fabius nous a reçus dans son
bureau de l'Hôtel de Ville de Grand-Quevilly, le jeudi 25 octobre.
Issu d'une célèbre famille
de marchands d'Art, Laurent FABIUS est membre de notre Association des Amis de
l’École de Rouen.
Pierre BUYCHAUT : Vous
êtes amateur d'Art éclairé depuis toujours. Comment avez-vous découvert les
peintres de l’École de Rouen ?
Laurent FABIUS : Je
connais l’École de Rouen depuis très longtemps. On ne
peut pas dire qu'il existe un moment précis où je l’ai découverte : c'est
une série de sédimentations et de rencontres successives.
Je me suis familiarisé plus
récemment avec les remarquables travaux de François Lespinasse. Et je me suis
beaucoup intéressé à la Collection Depeaux du Musée des Beaux-Arts de Rouen. Le
tout fait que, sans en être un spécialiste professionnel, l’École de
Rouen est un des mouvements artistiques que j'apprécie et que je
connais assez bien.
PB: Y-a-t-il
un peintre que vous appréciez plus particulièrement ?
LF : Il
y en a plusieurs. Dans la première génération, je suis particulièrement
sensible à Léon-Jules Lemaître ! Nous avons acquis pour la
CREA - et ils y sont accrochés - plusieurs tableaux de Lemaître dont un très
original ! Il représente une Vue du Port de Rouen. Ce n'est
pas un Lemaître classique avec ses « petits personnages sous la
pluie », mais un Lemaître d’assez grand format, très coloré, avec des tons
verts et jaunes.
PB : Oui,
je vois ; c'est une œuvre exceptionnelle, contemporaine du mouvement
Néo-Impressionniste !
LF : Exactement.
Original et très beau !
PB : Et
le second Lemaître ?
LF :
Le second est une Rue du Gros Horloge qui, j'en plaisante
régulièrement avec le Conservateur du Musée des Beaux-Arts de Rouen, possède la
même force gracieuse que ceux du Musée !
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Léon-Jules LEMAITRE - l'île Lacroix à ROUEN - 1885 - SBG 32x24 |
PB : Vous
me disiez que vous appréciez plusieurs peintres. A part Lemaître, quels sont
les autres ?
LF : Je
citerai notamment Angrand : certaines de ses toiles sont
magnifiques.
J'aime également
beaucoup Charles Frechon.
Et, plus proche de
nous, Pierre Hodé. Un grand talent. Insuffisamment connu,
hélas !
PB : Vous
savez que nous avons du mal à faire connaître l’École de Rouen
hors de nos frontières normandes...
LF : C’est
vrai ! J’ai été frappé, lorsque nous avons organisé en 2010 la première
édition de Normandie Impressionniste, de constater dans la juxtaposition avec
les « Grands Impressionnistes », que les œuvres choisies des peintres
de l’École de Rouen – que beaucoup de visiteurs découvraient -
relevaient parfaitement le défi ! J’en ai été heureux.
Il y avait en particulier
une toile de Charles Angrand, Le pont de pierre, datée de 1881,
avec un effet de nuit superbe. Une grande force.
Oui, il faudrait faire
mieux connaître cette École et les « Amis de l’Ecole de Rouen » y
contribuent très utilement. Chaque fois que l'on pourra en parler, faciliter
une exposition, on le fera ! J'avais demandé, d'ailleurs, que l'on puisse
organiser une exposition à Paris, et écrit à Bertrand Delanoë (actuel Maire de
Paris - NDLR) dans ce sens. J’espère que cela se fera.
PB : Nous
organisons une rétrospective Joseph Delattre, pour le centenaire de sa
disparition, du 16 novembre au 13 décembre 2012, à L’Hôtel du Département,
grâce à votre intervention auprès de M. Didier Marie.
NDLR - voir l'annonce de
cette expo qui s'est tenue à la maison de Département du 15 nov. au 13 déc.
2012
LF : Oui,
je n'ai pas cité Delattre, mais c’est aussi un grand artiste! J’essaierai de
voir cette rétrospective, si j’en trouve la possibilité.
PB : Parlez-nous
de votre exposition Albert Lebourg, à la Maison des Arts de Grand-Quevilly,
durant le Festival Normandie impressionniste de l'été 2013.
LF : Lebourg
a beaucoup peint, il y a chez lui du très bon et du moins bon !
Nous avons acquis pour la
commune plusieurs toiles de Lebourg ; je trouve intéressant de pouvoir
présenter des sites peints par un très bon artiste, sites dans lesquels les
spectateurs se reconnaissent, que ce soit La Bouille, Rouen et même
Grand-Quevilly. L'un de ces Lebourg représente un Bouquet de fleurs,
une très belle composition. Nous avions, d'ailleurs, prêté ces Lebourg à
l'exposition que la ville de La Bouille a organisée.
Dans le cadre de Normandie
Impressionniste 2013, nous préparons une exposition à La Maison des Arts de
Grand-Quevilly, qui s'intitulera : Albert Lebourg et la Seine.
Seront réunies une quarantaine d’œuvres issues de collections publiques et
privées. L'Association des Amis de l’École de Rouen participe
à ce projet dont le Commissaire sera François Lespinasse, qui prépare, par
ailleurs, la publication de la correspondance de Lebourg.
PB : Qu'est-ce
qui a motivé votre choix d'Albert Lebourg ?
LF : Ses plus
belles toiles atteignent les meilleurs niveaux. Et pourtant, il n'est pas assez
mis en valeur !
Le projet de Normandie
Impressionniste consiste à ne pas tout concentrer dans les Grands Musées, mais
à faire vivre l’impressionnisme dans une diversité de communes, afin d'amener
le plus large public à la peinture, à l'amour de la peinture, et plus
généralement de la culture...
Les spectateurs
reconnaîtront des paysages qui leur sont familiers.
Dans le futur, j'aimerais
que l'on continue cette aventure, et que l'on accueille périodiquement d'autres
peintres, notamment parmi ceux de l'Ecole de Rouen qui
méritent qu'on leur consacre une exposition particulière.
PB : Normandie
Impressionniste 2013 au Musée des Beaux-Arts de Rouen ?
LF : Le thème
choisi à Rouen sera « Éblouissants reflets ». Le
reflet se trouve être un magnifique sujet impressionniste, notamment pour l'Ecole
de Rouen, et en même temps un thème de réflexion philosophique.
J’apporte mon soutien à ce
festival car c'est une manière d'initier le public à l'Art, notamment la
peinture, et de faire connaître et apprécier la Normandie, nos ciels, nos
rivières et notre lumière au monde entier. Il ne faut pas simplement regarder
les œuvres de l'extérieur. Idem pour la Musique ou le Théâtre...
Cette fois-ci, nous allons
mettre l'accent, et je m'en réjouis, sur les jeunes ! Via les écoles, les
lycées et les universités. Leur donner le goût de l’art ! Et - pourquoi
pas - susciter des vocations artistiques... »
Propos recueillis par Pierre Buychaut