Albert LEBOURG (1849-1928) peignant sur les berges de la Seine, face à Muids (Eure)
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photographies - archives privées |
L'année 1903 est une année particulièrement bien remplie pour l'artiste âgé de cinquante-quatre ans.
Début mars, Albert Lebourg dîne avec
l'industriel-négociant François Depeaux (1) qui lui fait part de sa délicate
situation conjugale.
1) Voir François
Lespinasse : François Depeaux, portrait d'un collectionneur. Ed,
Association des Amis de l'Ecole de Rouen, Rouen, 2016.
Quelques jours plus tard, la municipalité de
Montfort-sur-Risle (Eure), où il est né le 1er février 1849,
lui apprend que la proposition d'attribuer de son nom une place du village (en
face de sa maison natale) est refusée.
Le 16 avril, ouverture du Salon de la Société Nationale des Beaux-arts de Paris, treizième exposition depuis sa fondation en 1890. Albert Lebourg en est Sociétaire, et adresse six "Bords du lac de Genève", souvenirs de son séjour en automne 1902.
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photographies - archives privées |
Le 20 mai, il est nommé Chevalier de la Légion d'Honneur ; quatre jours après, l'artiste écrit à Roger Marx (2), critique d'art, Inspecteur Général des Musées au ministère des Beaux-arts, pour le remercier : "...d'avoir eu la pensée de me faire avoir cette croix que je suis très fier de ne devoir qu'à vous qui l'avez demandée au ministre...".
2) Roger Marx
(1859-1913) : Homme de lettres,critique d'art, Inspecteur Général des Musées
des Départements au ministère des Beaux-arts, correspondant de la Gazette des
Beaux-arts (deux très importants articles sur Lebourg). Voir : Roger Marx, un
critique aux côtés de Gallé, Monet, Rodin, Gauguin, Ville de Nancy/Musée
d'Orsay 2006.
L'événement étant d'importance, il s'était
ébruité quelques semaines auparavant, et Charles Angrand en avait eu
connaissance par l'intermédiaire de la famille Guilloux (3). Il écrit le 5 mars
de Dieppe à Lebourg : "cher Monsieur Lebourg, Mademoiselle Guilloux
m'apprit samedi l'heureuse nouvelle de votre promotion. Les artistes n'avaient
pas attendu cette imprécation (?) pour vous accorder la leur.
Ils apprécient depuis longtemps votre belle œuvre. Ceux qui, comme moi ne sont
plus jeunes, l'ont vue se fonder étape par étape … Vous êtes devenu le Maître
Vénérable dont chacun reconnaît la haute figure et dont nous, Normands, sommes
particulièrement fiers..." (8).
3) Il s'agit de
Germaine Guilloux, fille d'Alphonse Guilloux, nièce d'Albert Lebourg, dont le
musée de Rouen conserve le Portrait d'Albert Lebourg par Germaine Guilloux....
8) Correspondances :
Archives privées.
Charles Angrand,
correspondances
Habitué au transport en chemin de fer entre Paris
et Rouen où il possède un atelier dans chacune de ces deux villes, il a pu
jouir du superbe paysage qui s'offre lors de ce trajet au bord de la Seine. Ce
fleuve, il le connaît mieux que quiconque ! De Paris à Honfleur, il a saisi
tous les plus beaux effets en toutes saisons.
Habitué au transport en chemin de fer entre Paris
et Rouen où il possède un atelier dans chacune de ces deux villes, il a pu
jouir du superbe paysage qui s'offre lors de ce trajet au bord de la Seine. Ce
fleuve, il le connaît mieux que quiconque ! De Paris à Honfleur, il a saisi
tous les plus beaux effets en toutes saisons.
Pour l'été, il choisit donc de s'installer à
Muids, village situé sur la rive droite. C'est un endroit paisible et réputé
pour la pêche, qui possède à cette époque pas moins de seize
restaurants-pensions, ainsi qu'une jolie église des XIIème et
XVIème siècles, avec des fonts-baptismaux du XIVème siècle.
Albert Lebourg choisit de s'y fixer pour août et septembre.
Il donne à son beau-frère Albert Guilloux (4)
(1871-1952), (les témoins d'Albert Guilloux à sa naissance sont Philippe
Zacharie et Léon-Jules Lemaitre !), quelques explications depuis Paris sur le
site, le 6 août :
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" la descente du passage du bac à Muids" |
".. Tu dois savoir maintenant que
j'ai loué la maison pour Alice (5) qui est probablement sur son départ, si elle
n'y est déjà installée avec ta mère. Le pays en lui-même ne m'avait pas emballé
outre mesure, mais le chemin de fer m'a eu l'air commode pour aller du côté de
la vallée de l'Eure, de sorte que j'irai moi-même dès que j'aurai terminé des
choses en train ici et aux environs et qui me prennent tout mon temps et
surtout toutes les après-midi … Je te verrai sans doute à Muids où tu viendras
te délasser et pêcher à la ligne. La mère Guilloux a acheté une ligne et un
filet à papillons pour courir après ces bestioles, le costume des villégiatures
est de rigueur..."
4)Albert Guilloux
(1871-1952) : rouennais, dernier enfant d'une fratrie de neuf, élève de l'Ecole
des Beaux-arts de Rouen, Prix du Salon en 1903.
5) Alice Guilloux
(1861-1940) : épouse Emile Lambin en 1890, qui décède en 1902. Elle épousera
Albert Lebourg en seconde noces le 26 février 1921.
Le 12 septembre, Albert Lebourg écrit à son ami
Paul Paulin (6) : « depuis que je ne t'ai vu, je suis installé ici, au
bord de la Seine, dans cet endroit où les berges sont très belles… Corot y
venait autrefois, et Daubigny aussi. Évidemment, ce n'est pas aussi beau que de
leur temps, mais c'est encore fort joli. Les Andelys ne sont pas loin, et aussi
la vallée de l'Eure, de sorte que c'est l'embarras du choix et le mois va
passer pour moi très rapidement. Malgré toute ma bonne volonté, il me sera
impossible d'aller vous voir...".
6) Paul Paulin
(1852-1937) : Originaire de Chamalières, docteur en médecine, puis
chirurgien-dentiste, peintre et sculpteur. Il réalisa les bustes de Monet,
Pissarro, Degas, Lebourg, Moreau-Nélaton..
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"Albert LEBOURG dans la descente. pour se mettre au travail....".. |
Albert Lebourg va y exécuter plusieurs toiles.
Celle présentée à l'exposition de Mantes-la-Jolie, est l'archétype même de la
toile recherchée par les collectionneurs de cet artiste qui a, ne l'oublions
pas, participé à deux reprises (1879 et 1880) aux expositions du groupe
impressionniste.
Un ciel magnifique, typique de cette vallée, une
atmosphère unique, une plantureuse végétation parfaitement rendue, une
animation avec ces vaches et leurs gardiens et, enfin, une ambiance générale
d'une grande sérénité. C'est une très belle page normande qu'offre l'artiste à
son pays natal.
François Lespinasse