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Interview de Madame Catherine MORIN-DESAILLY

 Interview de Madame Catherine MORIN-DESAILLY

sous-bois de Charles FRECHON, extrait de l'ouvrage de F. LESPINASSE / Charles et Michel FRECHON - Rouen 2004 - p. 45
sous-bois de Charles FRECHON, extrait de l'ouvrage de F. LESPINASSE / Charles et Michel FRECHON - Rouen 2004 - p. 45

Nous rencontrons, ce 12 décembre 2014, Madame Catherine MORIN-DESAILLY.

Adjointe au Maire de Rouen, Chargée de la Culture de 2001 à 2008, Madame MORIN-DESAILLY est élue Sénatrice de Seine Maritime depuis 2004.

Pierre BUYCHAUT parlez-nous de Rouen et son École de Peinture.

Catherine MORIN-DESAILLY
Catherine MORIN-DESAILLY

Catherine  MORIN-DESAILLY: je dirais, tout d'abord, que Rouen, jadis la deuxième ville du Royaume, est une vraie ville d'Art, de Culture et de Patrimoine et que cela s'est toujours traduit par la présence d'artistes, écrivains, musiciens, gens de théâtre. Le mouvement de la peinture n'a pas échappé à ce foisonnement artistique. Notre région a, par ailleurs, toujours attiré de nombreux peintres dont des célébrités.

Pierre BUYCHAUT et plus personnellement ?

Catherine MORIN-DESAILLY : Je suis très sensible à l'Art de la Peinture. Tout simplement, j'ai été baignée dedans.

Mon grand-père, Jacques MORIN, Avoué de profession, pratiquait en amateur la peinture et fut élève de Ch. FRECHON ! Il côtoya donc tous ces peintres de l'École de Rouen dont j'ai vu, petite fille, beaucoup de toiles chez ma grand-mère.

Pierre BUYCHAUT : que vous évoque cette peinture ?

Catherine MORIN-DESAILLY : C'est une peinture très intéressante car elle témoigne, tout d'abord, de la vitalité artistique rouennaise liée aux grands mouvements nationaux. Celle-ci s’est beaucoup appuyée sur notre École des Beaux-Arts de Rouen qui a toujours été un lieu de rencontre et de formation.

J'y suis particulièrement attachée car j'ai été Adjointe à la Culture de la Ville de Rouen entre 2001 et 2008. Notre École des Beaux-Arts reste pour moi une référence avec une grande qualité d'enseignement. Les étudiants qui en sortent s’insèrent parfaitement bien dans la vie professionnelle.

Pierre BUYCHAUT : vous nous parliez de la famille FRECHON que votre grand-père côtoyait...

Catherine MORIN-DESAILLY : Charles FRECHON (1856-1929) est un peintre impressionniste pour lequel le Musée de Rouen a organisé une rétrospective à l'été 2008 (1). J'avais, à l'époque, beaucoup milité pour cette manifestation, car c'est un peintre que je connais bien.

(1) A consulter l'excellent ouvrage publié par le Musée des Beaux-arts de Rouen à cette occasion, sous la direction de Laurent SALOMÉ avec la collaboration de Didier BACKHUYS, Commissaire, et de François LESPINASSE (NDLR).

Ce qui était émouvant, c'est que cette rétrospective a mobilisé tous les Rouennais et notamment ceux qui possédaient des tableaux de FRECHON. Du coup, grâce au travail de recherche préalable, on a pu découvrir des œuvres inconnues.

Je crois que ce fût une exposition très appréciée du public qui a pu, ainsi, se réapproprier un patrimoine méconnu, et réaliser avec fierté que des artistes Rouennais ont participé au cœur de ce mouvement impressionniste, auprès d'artistes de grande notoriété à l'instar de Claude Monet.

Pierre BUYCHAUT comment faire pour que ces artistes, dont Charles FRECHON, dépassent nos frontières régionales ?             

Catherine  MORIN-DESAILLY : il leur faut une vitrine. Ces rétrospectives sur un peintre ou une thématique sont l'occasion de mieux faire connaître au grand public les peintres de l'École de Rouen. Il existe aussi les publications dont celles, très précieuses, de François LESPINASSE.

Et puis, pourquoi n'utiliseriez-vous pas les moyens modernes de communication ? L'ensemble des Musées commence à employer de nouveaux moyens de communication en numérisant leurs collections afin de permettre des visites virtuelles à des internautes.

Pourquoi votre Association ne ferait-elle pas de même ? Vous pourriez constituer une plate-forme "École de Rouen", et procéder à des expositions virtuelles permanentes. Ce qui aurait également l'avantage de recenser des œuvres parfaitement inconnues du public. Les propriétaires pourraient être heureux de voir ainsi leur patrimoine reconnu.

Charles FRECHON - autoportrait
Charles FRECHON - autoportrait

Pierre BUYCHAUT excellente idée ! Auriez-vous des opportunités parisiennes, je pense au Musée du Luxembourg ?

Catherine MORIN-DESAILLY : il faut tout d'abord savoir que le Musée du Luxembourg est une délégation du Service Public, et que nous ne gérons pas directement. Ce musée est géré par la Réunion des Musées Nationaux (Laurent SALOMÉ, ex-directeur des Musées de Rouen, en est un des dirigeants, NDLR). Il n’appartient pas aux sénateurs d’organiser des expositions ! Laissons place aux experts et spécialistes.

Pierre BUYCHAUT : d'autres peintres de l'Ecole de Rouen que vous appréciez ?

Catherine  MORIN-DESAILLY : j'aime bien Léonard Bordes (1898-1969).

Robert-Antoine PINCHON (1886-1943) est un grand peintre et une rue de Bois-Guillaume porte son nom, avec des vues sur Rouen qui renvoient à ses toiles magnifiques.

Pierre HODÉ est très différent (Le Musée des Beaux-Arts de Rouen lui rend hommage dans le cadre du Temps des collections 2014-2015, NDLR). J'apprécie particulièrement ses toiles autour de notre activité portuaire qui témoigne de la richesse économique de la ville. J'avais participé au dévoilement d'une plaque, en tant qu'Adjointe à la Culture.

Et puis, Léon-Jules LEMAITRE et ses tableautins de Rouen.

C'est, incontestablement, une École à soutenir. Avec une vertu pédagogique où l'École de Rouen s'inscrit dans un mouvement plus général de la peinture.

Pierre BUYCHAUT LE TRIVIDIC ?

Catherine  MORIN-DESAILLY : oui, mon grand-père le connaissait particulièrement bien. C'est ainsi qu'il a pu réunir une très grande collection de ses dessins et caricatures des milieux juridiques.

LE TRIVIDIC (1898-1960) a également effectué des séries de portraits, de chevaux, de sportifs, des artistes et du public du Théâtre des Arts...

Ses dessins constituent une vraie mine de témoignages de la vie Rouennaise de l'époque. Pierre LE TRIVIDIC mériterait une rétrospective dans ce cadre-là.

C'est en tout cas un beau défi que vous vous lancez à vouloir faire vivre le patrimoine artistique Rouennais !

 Propos recueillis par Pierre BUYCHAUT


Pierre LETRIVIDIC - "le Port de Rouen" (1935-37), aquar. gouachée 54x73sbg - coll.part. extrait du catalogue de l'exposition à RUEIL-MALMAISON (2011) en collaboration avec l'Assoc. des Amis de l'Ecole de Rouen
Pierre LETRIVIDIC - "le Port de Rouen" (1935-37), aquar. gouachée 54x73sbg - coll.part. extrait du catalogue de l'exposition à RUEIL-MALMAISON (2011) en collaboration avec l'Assoc. des Amis de l'Ecole de Rouen

Pierre LETRIVIDIC -"Patoune" (1950) - aquar dédicacée coll. privée extrait du catalogue de l'exposition à RUEIL-MALMAISON (2011) en collaboration avec l'Assoc. des Amis de l'Ecole de Rouen
Pierre LETRIVIDIC -"Patoune" (1950) - aquar dédicacée coll. privée extrait du catalogue de l'exposition à RUEIL-MALMAISON (2011) en collaboration avec l'Assoc. des Amis de l'Ecole de Rouen

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